Projet de recherche sur l’archéologie himalayenne
Malgré l’appel publié en 1978 par Giuseppe Tucci, le célèbre tibétologue italien, à destination de la communauté des archéologues et par lequel il les invitait à explorer l’Himalaya dans le sillon des alpinistes pour y découvrir des cultures originales et mieux comprendre la diffusion du Bouddhisme en Asie cette région de haute-montagne demeura l’objet de peu de travaux archéologiques jusqu’au milieu des années 2000. C’est en 2020 seulement qu’une équipe de recherche dédiée à l’archéologie himalayenne fut créée grâce à l’obtention d’un financement pluriannuel.
Dans la littérature archéologique, les montagnes sont traditionnellement présentées comme des frontières entre les espaces habités. De ce fait, jusqu’à ces vingt dernières années, les zones de haute montagne ont été en grande partie ignorée par les archéologues. Cependant, des projets récents menés en Europe, dans les Alpes ou les Pyrénées, ont mis au jour des paysages anciens complexes et façonnés par l’homme. Dans d’autres régions du monde, comme dans les Andes en Amérique du Sud, les archéologues se sont également intéressés récemment aux zones de haute montagne.
L’« archéologie de haute montagne » ou « archéologie de haute altitude » implique des stratégies de terrain et de recherche spécifiques. Elle consiste à considérer les hautes altitudes comme un choix adaptatif pour les peuples anciens et à percevoir les paysages montagneux comme des carrefours. L’Himalaya, la plus grande et la plus haute chaîne de montagnes du monde, doit jouer un rôle clé dans ce nouveau développement de la recherche archéologique.
Un programme de recherche international sur cinq ans (2020-2024), porté par Laurianne Bruneau et accueilli au sein du laboratoire du Centre de Recherche sur les Civilisations de l’Asie Orientale (Paris) se concentrait sur la partie occidentale de l’Himalaya, où l’altitude oscille entre 1 500 mètres pour les vallées basses et 4 500 mètres pour les plateaux les plus élevés. Si l’environnement hostile de cette partie de la Haute-Asie est indéniable, l’idée selon laquelle il s’agissait d’un désert humain servant de frontière doit être déconstruite. Cette vision est en grande partie héritée de l’époque coloniale. Au 19e siècle, les empires britannique et russe étaient engagés dans une confrontation politique et diplomatique connue sous le nom de « Grand Jeu », dans laquelle l’Himalaya jouait le rôle de zone tampon, témoignant ainsi de son importance hautement stratégique au cœur de l’Asie.
En effet, sur le plan géographique, l’Himalaya occidental se trouve au centre de trois des principales sphères culturelles asiatiques. Il constitue une zone propice à l’étude à long terme des interactions culturelles (échanges de biens et d’idées) entre l’Asie du Sud, l’Asie centrale et le Tibet. L’Himalaya abritait également d’anciennes cultures locales, avant l’avènement du Bouddhisme et de l’Islam, dont on sait encore très peu de choses. Le projet a contribué à une meilleure identification et compréhension des anciennes cultures montagnardes du nord du sous-continent sud-asiatique à travers le prisme de l’archéologie.






